Jeudi 26 novembre 2020

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Interview de Gérard DEPREZ dans la Libre

« La Belgique a un avenir parce ceux qui veulent son maintien sont majoritaires, non seulement parmi la population mais aussi parmi les forces parlementaires. La négociation actuelle suppose d’ailleurs le maintien d’un Etat belge. Mais il faut essayer de trouver le point d’équilibre entre les deux réalités politiques : les partis francophones sont fédéralistes, les partis flamands sont, au mieux, confédéralistes. Je suis convaincu que nous resterons dans un cadre belge. Mais je suis convaincu que le curseur du centre de gravité de l’Etat sera déplacé sensiblement de l’Etat fédéral vers les entités fédérées. »

Johan Vande Lanotte parviendra-t-il à un accord ? Quel est l’avenir de la Belgique? Comment se porte le MR ? Tour d’horizon avec Gérard Deprez, sénateur MR, président du MCC.

Croyez-vous, dans l’intérêt du pays, que Johan Vande Lanotte réussira à nouer des accords entre les 7 partis ou espérez-vous, dans l’intérêt du MR, qu’il échouera dans sa mission de conciliation ?
Je n’hésite pas une seconde. Il est essentiel que la Belgique soit gouvernée. Les échéances, économiques, sociales et budgétaires sont d’une importance extraordinaire. On le voit dans tous les pays qui nous entourent. L’urgence est que la Belgique dispose d’un gouvernement solide et d’une majorité stable. Pour y arriver, il faut lever l’hypothèse communautaire. J’espère que Johan Vande Lanotte va réussir et qu’il parviendra à finaliser, avec ou sans nous, un accord politique.

S’il échoue, est-ce que, comme le dit la N-VA, il n’y aura sans doute plus d’autre solution que de retourner aux urnes… ?
C’est un moyen de faire pression sur les interlocuteurs en leur disant : il faut y aller et il faut tenir compte des revendications de la N-VA. C’est plus un message qu’une menace. Mais aucun homme politique responsable ne peut imaginer que, pour la première fois dans l’histoire de Belgique, on ne parviendra pas à former un gouvernement après des élections. Ce serait un précédent dramatique. Il faut tout faire pour l’éviter.

On ne peut pas vivre indéfiniment avec un gouvernement d’affaires courantes qui ne peut pas prendre les mesures budgétaires qui s’imposent…
Les affaires courantes ne se déroulent pas trop mal. La Belgique s’acquitte de manière très honorable de sa présidence de l’Union européenne. Mais si dans deux mois, il n’y a pas d’accord, ce sera très difficile à gérer. La date ultime au-delà de laquelle la situation deviendra délicate et grave, c’est la fin de l’année.

Avec les libéraux, les choses auraient – elles été différentes ?
Avec les libéraux dès le départ, certaines choses auraient été plus faciles, d’autres plus difficiles. Au MR, on est très ouvert à un transfert maximal de compétences vers les entités fédérées et aussi au concept de responsabilisation financière et budgétaire des entités fédérées parce que c’est un critère fondamental pour la bonne gouvernance. Mais en ce qui concerne la périphérie bruxelloise, les choses auraient sans doute été plus compliquées.

Vous vous dites plus ouvert à une plus grande responsabilisation… jusqu’où ?
Je pense qu’on peut aller relativement loin à une condition, très importante : c’est en fonction de la manière dont sera défini et dont évoluera dans le temps le mécanisme de solidarité que l’on pourra déterminer où l’on placera le curseur en termes d’autonomie financière et fiscale des Régions. Donc plus la solidarité sera importante, plus ou pourra aller loin dans la responsabilisation financière et le transfert de l’IPP. Mais il faut aussi s’assurer que le financement des communautés est correctement assuré.

Le mécanisme de solidarité prévu de Bart De Wever vous paraissait-il suffisant ?
Non. Formellement non.

La Wallonie n’a pas pour vocation d’être assistée éternellement… ?
C’est la raison pour laquelle j’ai dit que le mécanisme de solidarité était un élément essentiel à la fois dans son montant et dans sa durée et dans la modalisation de celle-ci.

Bart De Wever échappe un peu à tous les genres d’hommes politiques flamands. Comment faudrait-il s’y prendre ?
Même si le mécanisme de financement qu’il avait mis sur la table était insupportable pour les francophones, il est le seul à avoir eu le courage de rédiger une note complète et cohérente par rapport à tous les éléments de discussion qui sont sur la table. Et il faut admettre que cette note se démarquait par rapport aux positions de son propre parti. La note de Di Rupo, je ne l’ai jamais vue. Pour moi, il n’y a pas de note Di Rupo.

Bart De Wever veut-il vraiment un accord ?
Jusqu’à nouvel ordre, je pense que Bart De Wever veut réussir et qu’il a fait des efforts – encore insuffisants – pour réussir. Et rien ne permet de croire qu’il cherche à pourrir la situation de manière telle que la Belgique devienne ingouvernable.

Comment gérer la négociation avec lui ?
Il faut du temps. C’est la première fois que les francophones sont amenés à gérer une réforme de l’Etat avec un parti nationaliste et indépendantiste. Il faut aussi du respect mutuel. Du côté flamand certaines choses sont insupportables. Du côté francophone, il y a aussi des maladresses.

Exemples ?
Même si la note De Wever comportait des éléments inacceptables, on pouvait négocier sur cette base. La jeter aux orties après quelques heures, c’était trop rapide. Pour réussir, les négociateurs doivent apprendre à se respecter. S’ils veulent un accord, ils doivent retrouver leur sang-froid, s’abstenir de toute initiative ou déclaration qui rendrait les choses difficiles et empoisonnent le climat.

Est-il possible de négocier le maintien d’une Belgique avec un parti qui veut, en priorité, un Etat républicain flamand ?
Bart De Wever a toujours dit qu’il n’était pas un révolutionnaire mais un « évolutionnaire ». Cette marche, les nationalistes ne la feront que par étapes et en respectant les procédures démocratiques de l’Etat dont ils sont membres.

Quel est l’avenir de la Belgique ?
La Belgique a un avenir parce ceux qui veulent son maintien sont majoritaires, non seulement parmi la population mais aussi parmi les forces parlementaires. La négociation actuelle suppose d’ailleurs le maintien d’un Etat belge. Mais il faut essayer de trouver le point d’équilibre entre les deux réalités politiques : les partis francophones sont fédéralistes, les partis flamands sont, au mieux, confédéralistes. Je suis convaincu que nous resterons dans un cadre belge. Mais je suis convaincu que le curseur du centre de gravité de l’Etat sera déplacé sensiblement de l’Etat fédéral vers les entités fédérées.

Lesquelles ? Régions ou Communautés ?
C’est un des grands débats. Les Flamands veulent transférer un maximum de compétences vers les Communautés pour une raison bien simple : c’est ce qui permet de justifier leur présence à Bruxelles. Ce n’est que parce que les Communautés existent que Bruxelles peut être la capitale de la Flandre. Or le confédéralisme doit se faire sur une base territoriale. Il faut donc leur dire : si vous voulez faire un pas supplémentaire dans la direction du confédéralisme, qui a une base territoriale, le maximum des compétences doit se faire au profit des Régions. Du côté francophone, nous devons densifier le transfert de compétences vers les Régions et articuler la solidarité entre les Régions bruxelloise et wallonne.

Et exiger un lien territorial entre les deux ?
La solution la plus intelligente, techniquement, pour résoudre tous les problèmes autour de Bruxelles, c’est le rattachement des 6 communes de la périphérie à la Région bruxelloise. Cela règle tout – BHV, la nomination des bourgmestres, les facilités – cela renforce la présence des Flamands à Bruxelles et cela améliore le financement autonome de la Région bruxelloise. Mais politiquement les Flamands n’en veulent pas Pourtant, il faut leur poser cette question : vous voulez le maintien de l’Etat belge et Bruxelles est la capitale de la Flandre, quelle raison objective avez-vous à ne pas vouloir élargir votre capitale dans laquelle tout le monde serait traité sur un strict pied d’égalité ?

Di Rupo ferait-il un bon Premier ministre ?
L’homme est intelligent. Il n’a pas raté sa présidence du PS, c’est le moins que l’on puisse dire. Il n’a pas été un mauvais vice-Premier, ni un mauvais ministre-président wallon. J’ai un préjugé favorable même si je ne suis pas sûr que pour mener à bien la politique d’assainissement budgétaire, il fera la démonstration d’un courage comparable à celui des autorités hollandaises, allemandes, anglaises ou même espagnoles. Là, j’ai la plus vive inquiétude.

Au MR, tout baigne… ?
Objectivement, il y a une véritablement pacification qui est intervenue. Didier Reynders a fait les gestes qu’il fallait et les contestataires sont rentrés dans le rang et jouent le jeu. On a fermé la parenthèse des incidents de 2009. En même temps, il y a une formidable attente qui commence à se manifester.

Voire une impatience… ?
Les gens ont vécu difficilement l’échec électoral et l’élimination humiliante des négociations. Ils savent aussi que le président actuel est en fin de parcours et qu’il y a des échéances électorales délicates : 2012 pour les communales et éventuellement, une échéance fédérale bientôt. Donc il faut que le MR se remette en ordre de marche et de combat. C’est un débat que nous devons entamer. Il faut que l’on bouge, maintenant.

Traduction : il est temps de penser à la succession de Didier Reynders et d’organiser l’élection à la présidence du parti…
Il faut en tout cas qu’on en discute dans les instances. Sereinement. Il y a des choses à cicatriser et il y a des perspectives à offrir. Or la situation actuelle ne le permet pas.

Cette impatience est-elle celle des candidats éventuels ?
Non. Je parle des gens que je rencontre, des militants, des électeurs.

L’élection ne risque-t-elle pas de provoquer de nouvelles divisions ?
On n’en est pas là. De toute façon, plus ou moins vite ou plus tard, il faudra une élection à la présidence. Et je pense que les gens demandent que l’on ferme une période et qu’on en ouvre d’autres pour la période qui suit. Je ne vois pas le moyen de se passer d’une élection à la présidence quand, statutairement, il faut l’organiser. Quels qu’en soient les risques

Qui soutiendrez-vous ?
Je me prononcerai quand les instances auront débattu du calendrier et quand la procédure sera ouverte. Là, je ferai connaître mon point de vue.

Le 2 novembre 2010 dans La Libre.

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