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«Plus on se connaît, plus on se fait confiance, plus on échange du renseignement»

Interview de Gérard Deprez dans « LIBERATION ».
Par Jean Quatremer  –  20 décembre 2016

Pour Gérard Deprez, député européen, membre de la commission des affaires intérieures, l’échange de renseignements entre les services européens est loin d’être optimal, faute de confiance. Il milite pour la création d’un FBI européen.

Pourquoi la première réaction des démagogues en Europe a-t-elle été d’incriminer la politique d’accueil des réfugiés de la chancelière Angela Merkel ?

Faut-il rappeler que les attentats qui ont ensanglanté les sols français et belge ont été commis par des Français et des Belges ou des étrangers titulaires d’une carte de séjour qui n’avaient rien à voir avec les réfugiés arrivés récemment ? Qu’il y ait parmi les réfugiés quelques terroristes infiltrés, c’est une évidence, mais cela ne signifie nullement que ce soit un vivier du terrorisme. Oui, il y a des criminels parmi les demandeurs d’asile, comme il y en a au sein de notre population, et c’est d’ailleurs pour ça qu’on a un code pénal et des prisons ! Cet amalgame entre réfugiés et criminalité est insupportable.

Oui mais plusieurs attentats ont été commis par des personnes infiltrées parmi les réfugiés ou par des Européens partis combattre en Syrie…

C’est la raison pour laquelle nous avons prévu le contrôle systématique de toutes les personnes qui pénètrent dans l’espace Schengen, y compris les ressortissants européens. C’est important, car les «revenants», ceux qui sont partis combattre avec Daech et reviennent en Europe, ont la nationalité de nos pays : on pourra ainsi les arrêter lorsqu’ils franchiront la frontière.

De même, on a créé un PNR [le registre européen des données des passagers aériens, adopté en avril, ndlr] qui permettra de repérer les personnes qui ont des comportements suspects. Dans les hotspots qui ont été installés en Grèce et en Italie afin d’enregistrer les demandeurs d’asile, des agents nationaux et d’Europol ont été détachés afin de repérer les individus suspects.

La coopération entre polices européennes dans la lutte antiterroriste est-elle suffisante ?

Il est très difficile de répondre à cette question. Pourquoi ? Parce que les services de police ont l’habitude de coopérer et d’échanger des informations entre des personnes qui se font mutuellement confiance. Plus les gens se connaissent, plus ils se font confiance, plus ils échangent du renseignement. A l’inverse, moins on se connaît, moins on a de certitudes sur la fiabilité de l’autre, et plus on est réticent à communiquer des informations. La confiance ne se décrète pas, elle se construit.

L’Union européenne ne peut-elle au moins fournir un cadre qui permette un échange minimal d’informations entre services européens ?

Nous nous sommes battus au Parlement européen, en vain, pour obtenir un échange automatique d’informations. Ainsi, nous voulions que, dans le Système d’information Schengen (SIS), accessible aux agents chargés du contrôle des frontières extérieures, figurent les personnes qui sont suspectées de terrorisme ou poursuivies pour des faits de terrorisme. Les Etats membres ont refusé tout net. Même chose pour le PNR européen, qui est en fait constitué de 28 PNR nationaux et non d’un fichier central : l’échange de données est laissé à l’appréciation des Etats, y compris pour les faits de terrorisme… Autrement dit, l’utilisation des instruments européens existants n’est pas du tout optimale faute de confiance entre les services. C’est pour cela qu’il est important d’organiser des rencontres régulières entre les responsables européens des services antiterroristes afin qu’ils se connaissent et tissent des liens de confiance. Après, comme tout le monde a besoin de renseignements, la coopération se développera.

Faut-il enfin instituer une agence de renseignement européenne ?

J’y suis favorable. Il faut donner à Europol le pouvoir de mener des enquêtes en matière de terrorisme et lui permettre d’avoir accès à tous les renseignements détenus par les 28 pays. Actuellement, il peut seulement accompagner des enquêtes ou organiser des échanges d’informations. Le problème est que le traité européen précise expressément que le renseignement est une compétence nationale…

Les Européens doivent-ils réapprendre à vivre avec la violence sur leur propre sol ?

Après la chute du mur de Berlin, on a considéré qu’on était entré dans une ère de pacification, et nous avons baissé la garde, tant du point de vue militaire que du point de vue policier. Regardez les coupes dans les budgets consacrés à la sécurité ! Aujourd’hui, nous sommes désarmés, tant psychologiquement que militairement, parce que nous avons sous-estimé l’impact du monde extérieur sur nos sociétés. Nous devons nous réarmer dans tous les sens du terme pour réduire la menace, et c’est collectivement que nous y ferons face. Le repli sur le réduit national prôné par les démagogues est une chimère. Mais soyons clairs : quelles que soient les mesures prises, on n’éliminera jamais le risque terroriste.

Jean Quatremer

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